26 janvier 2007

Compte-rendu très très subjectif d’Hervée de Lafond

hervee

Réunion du 24 janvier 2007 à Etouvie

Prologue
Premier rendez-vous avec Jean-Pierre Marcos et Philippe Macret qui nous proposent de créer un spectacle pour le quartier d’Etouvie à l’occasion de « Fête dans la ville » de juin 2007. Ils nous donnent carte blanche pour choisir le lieu et le style de l’intervention.

Philippe Macret nous emmène à Etouvie, on tombe sur le fameux Etienne dont il nous avait longuement parlé et surtout sur un groupe costumé, maquillé, très en forme : les Facteurs de Fête. Ils se préparaient à intervenir dans un immeuble, plus loin, pour tresser des guirlandes et les accrocher chez des gens pour créer du lien, on pense tout de suite aux vers de Rimbaud : « j’accrocherais des guirlandes de fenêtre à fenêtre ».

Puis Etienne nous emmène tout de suite visiter la Tour Bleue, on remarque déjà accrochée sur la façade, des éléments surprenants, il nous parle de Bleuette Delatour, personnage mythique, il nous raconte l’importance que ce personnage a pris dans le quartier : le balcon fleuri, la remise de prix, les cartes postales de vacances… Nous pénétrons dans la Tour. Et c’est le choc, elle donne l’impression d’avoir été abandonnée en catastrophe, certains appartements sont quasiment intacts, des œufs sur la table, des bouts de pain, une penderie pleine de vêtements, des photos, des puzzles, toute une vie arrêtée brusquement, éventrée, une impression très nette de violence, de départs précipités, de gâchis. Des pigeons morts dans les escaliers. Jacques se retient de vomir. Etienne nous parle beaucoup. Le soir nous revenons voir un concert du MAP. Un mélange surprenant de jeunes, de vieux, de mamans avec des poussettes, beaucoup de monde, pas de service d’ordre, juste un type qui calme les jeunes trop bruyants.

Le lendemain nous avons une petite idée : faire revivre cette tour, le temps de son agonie et la faire mourir en direct. Et pour ce faire, interviewer les anciens habitants et diffuser leurs témoignages tels quels ou rejoués par des comédiens en se servant d’enceintes placées à différentes fenêtres. L’idée est minuscule, ce n’est pour nous qu’un point de départ.

Nous décidons de revenir le 24 janvier, nous demandons à rencontrer le « groupe culture » pour voir avec eux comment développer l’idée et comment ils pourraient intervenir.

24 janvier 2007
    Neige, verglas, nous avons 2 heures de retard et n’avons pas le temps de rencontrer Etienne avant la réunion.
    Dans le Centre Culturel, une installation rigolote des boites aux lettres et un salon reconstitué avec des éléments pris dans la tour. Justement, on venait d’exposer cette idée à Jean-Pierre et Philippe.

18h15    La salle est pleine, petite intervention d’Etienne puis de Philippe Macret, et nous attaquons. On expose notre petite idée puis nous demandons à tous d’écrire un petit mot, parler à la place de la tour, dire si elle veut mourir ou non et dans quelles conditions. On ramasse, on lit les mots, certains sont très émouvants, je n’en retiendrais qu’un : « Je ne veux pas mourir sans avoir vu la mer ».

Je pose une question, je ne me souviens pas laquelle et là, Christelle, celle qui donne vie à Bleuette Delatour, intervient vivement : pas question d’être des figurants, ils veulent être au centre et d’ailleurs ce projet est tout ficelé et ne leur donne aucune place. Dzoum ! L’atmosphère s’électrise, le niveau monte illico au 12ème étage, tout le monde intervient dans ce sens de tous côtés et ça grogne ferme. J’ai eu le malheur de dire qu’une comédienne interpréterait de rôle de la tour et parlerait à sa place, Adélaïde me rétorque qu’une ancienne habitante serait bien plus appropriée pour tenir ce rôle. Vue l’atmosphère, je ne lui réponds pas ce que je pense très fortement : qu’il ne suffit pas d’être une ancienne habitante pour être capable d’interpréter un personnage, imaginaire qui plus est. Les balles sifflent, nous faisons le dos rond et demandons un tour de table.

Julia et Sophie commencent (Cie Pied de nez et Chamboule tout). Elles racontent tout ce qui déjà été fait : les Facteurs de Fête, l’invention de Bleuette, le balcon fleuri, la remise de prix drolatique, la soupe de Bleuette, l’anniversaire de Bleuette, la notoriété de Bleuette, l’appartement témoin, l’appartement sur roulette, le pique-nique de Bleuette, etc… Puis les interventions se succèdent : Albertine, Adélaïde, M. Bakouche, Florence, Michèle, Daniel, Marie-Thérèse. Elles vont toutes dans le même sens : pourquoi seulement la tour, et surtout comment allons nous travailler ensemble et pour quoi faire ?
Christian, d’Ecran libre nous donne l’estocade : ici il y a un lien social très fort, il faut avancer avec de la délicatesse, du respect (et vlan prends ça dans la figure) et puis : la mort symbolique ne sera-t-elle pas plus douloureuse que la mort réelle ?

Nous réalisons peu à peu à quel point nous avons face à nous un groupe fort, soudé, qui a vécu déjà des belles aventures ensemble.

Arrive le tour de Paulette, mère de 7 enfants qu’elle a élevé seule, elle a 5 ans de plus que la tour. Elle raconte comme cette tour lui faisait peur quand elle pénétrait, sa fille ou sa grand-mère, je ne sais plus, habitait au 13ème étage, quand l’ascenseur ne fonctionnait pas, il fallait grimper 13 étages doubles et puis les longs des couloirs étroits. Ensuite elle crée une image que je ne saisis pas bien : la tour  et le CSC serait comme un homme et une femme qui se déchirent. Puis elle dit que la tour est comme sa mère, on lui a coupé une jambe, bon, puis l’autre et là tout le monde a pensé qu’elle n’y survivrait pas et finalement elle a encore vécu 15 ans.

Cette tour c’est une grande dame comme une mère qui voit partir ses petits et bientôt ce sera une tombe.
Joël, de «Chamboule tout » en rajoute une couche : lui aussi il pense à sa mère, elle a mis longtemps à mourir, on ne voulait pas qu’elle meure mais on a été soulagé quand elle est morte. La mort de cette tour n’est pas réglée, c’est un  message qu’il faut porter aux politiques. Et puis il nous parle directement, il a suivi un de nos stages à Chaillot, il rappelle à Jacques qu’il disait toujours qu’avant de faire quoi que ce soit il fallait des cérémonies d’accès et justement ce soir, nous n’en avons pas fait.
Et puis il propose que sa compagnie de théâtre nous serve de relais et puis qu’ils viennent faire un stage en Franche-Comté avec nous. Ouf ! enfin une proposition positive !
Franck va dans le même sens, il précise : on a commencé à la regarder cette tour que depuis qu’elle est vide.
Etienne ajoute : on est gêné quand on parle des anciens habitants parce qu’on les a laissé partir sans s’en apercevoir. La mort de la tour va donner naissance à une place publique mais qu’en fera-t-on ?
 
 
Voilà, la réunion a duré 3 heures ! C’est rare d’avoir autant d’interventions très fortes dans de telles réunions.

Mes conclusions du jour !
    Honte sur Jacques et moi, on s’est planté en beauté ! on a attaqué comme si nous avions face à nous les groupes habituels qu’il faut bousculer un peu pour qu’il en sorte quelque chose. Aïe ! Oïe !

Nous voilà au pied du mur, obligés de tout remettre à plat. Il faut tout jeter, enfin presque, repartir à zéro. Ils se sont senti dépossédés, floués, écartés de leur propre aventure par notre maladresse et notre balourdise. Ce n’est pas tant le sujet qui les a braqués que les « comment ». Il reste que cette tour est une énigme : les habitants n’en sont pas partis de leur plein gré, ils ont été éjectés, chassés. La violence de leur départ n’a pas été réglée, elle est encore présente.

Un ethnologue nous a dit un jour que lorsqu’un rituel a été mal accompli ou bâclé ou pris à la légère, il fallait le refaire depuis le début, sinon il se vengeait.Depuis 4 ans cette tour est peuplée de fantômes mécontents et tourmentés qui demandent réparation.

Après un repas bien arrosé nous avons décidé (tous ensemble !) de nous revoir plus longuement le mardi 13 février de 14h jusqu’à plus d’heure et là, de tenter de construire un projet (tous ensemble !).




Posté par tavuki à 21:05 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Compte-rendu très très subjectif d’Hervée de Lafond

    comme quoi...

    quand les "gens" commence à faire des choses
    à acter
    ils ne se laissent pas embarquer

    belle humilité de reprendre votre idée
    et de repartir à zéro

    jf

    Posté par jf, 03 février 2007 à 12:35 | | Répondre
  • vous en étes ou?

    salut la compagnie .je me posée la question,vous en étes ou dans votre travail pour la féte des 50ans de notre quartier?si vous pouvez répondre sa serais cool et vivement le 13 février pour pouvoir avancer et commencer a préparer.salut la compagnie .

    Posté par christel, 05 février 2007 à 14:01 | | Répondre
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